Dave Harmore Invité
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Posté le: Dim Déc 30, 2007 11:08 pm Sujet du message: La lueur de cette voie sombre |
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C'est le début d'une nouvelle que j'avais écrite il y a de cela quelques mois, mais pas d'inspiration pour la continuer. J'espère quand même pouvoir la retrouver afin de continuer...
Comment en suis-je arrivé là?
Pourquoi l'ai-je sauvée?
Que s'est-il passé?
Quel merdier!
Fan sera bientôt tirée d'affaire, libre comme l'air, et je me retrouve seul face à une quinzaine de types armés jusqu'aux dents, attendant bien gentiment que nous sortions de cette baraque déjà délabrée par les fusillades successives de cette nuit.
Carnby est mort, troué par une vingtaine de balles ou de chevrotines.
Il ne m'aidera plus désormais.
Il faut que je tienne.... pour Fan.
Elle doit y arriver...
Je dois gagner du temps...
Chapitre I : En direction de la voie sombre.
Dix ans plus tôt...
Prends ça, merdeuse!
Je m'effondrai au sol, terrassé par un violent coup de poing dans la mâchoire. Ma fine stature ne pouvait pas rivaliser avec la musculature ferme de cet homme, ce pauvre connard qu'était mon père. La bouche en sang, la douleur me martelait le crâne, j'étais à moitié dans les vapes. Mais je ne voulais pas me rabaisser face à ce poivrot débile qui ne sait parler qu'avec les poings ou la ceinture. Je commençais à me relever, le regardant d'un air mauvais, un rictus faisant office de sourire aux lèvres.
Qu'est-ce que t'as à rire? tu te fous de ma gueule en plus? t'en veux encore hein, sale vermine!
Coup de pied dans le ventre, je l'avais bien senti passer, mon estomac aussi, tellement bien que j'en avais dégluti un mélange de bile et de sang. Je ne savais pas par quel miracle je tenais encore debout, un souffle de vie. Et toujours ce rictus qui ne s'effaçait pas de mon visage, toujours cette volonté de ne pas se rabaisser, de lui montrer qu'il avait beau me fracasser, je me relèverais toujours.
J't'ai pas dit de te relever, espèce de trainée! t'es juste bonne à lêcher le sol ou à te faire prendre par le premier venu!
J'étais contre l'étagère de la cuisine, je ne le quittais pas du regard, esquivant tant bien que mal un nouveau coup de poing. J'attrapais la première chose qui me tenait sous la main, n'importe quoi, et l'abattit de toutes mes dernières forces sur sa tête de sale alcoolo.
Il s'effondra sur le sol sans un mot, le visage figé par la surprise. Il ne bougeait plus, mis à part quelques spasmes de temps en temps. Une flaque de sang se répandait déjà dans la pièce...
Il était mort, un couteau de cuisine enfoncé dans l'oreille jusqu'à la garde.
Que pouvais-je sentir à ce moment-là? J'avais tué mon père quand même!
Rien... ou plutôt si, une certaine euphorie, une liberté retrouvée, et il faut bien le dire, une certaine satisfaction de m'être débarrassé de ce sac à vin puant et profondément lobotomisé, qui n'avait pas les couilles de parler sans foutre une dizaine de tatanes dans ma gueule.
Oui j'étais enfin libre de vivre pleinement ma vie. J'éclatais d'un rire nerveux.
C'était à ce moment là que ma véritable vie allait commencer.
Un chemin à parcourir, étrangement sombre...
Chapitre II : Funeste commencement.
Fugitive... voilà ce que j'étais devenue en l'espace d'une heure. Je m'étais enfui précipitamment de chez moi, les voisins avaient encore une fois mis le nez là où il ne fallait pas. Cette bande de vieilles commères qui se délectaient des trop fréquentes scènes de ménage entre mon vieux et moi, je les haïssaient.
Sans-abri... dans la rue... il me fallait survivre désormais, dans la fuite et l'anonymat le plus total. Non pas que j'étais pris de remords, au contraire! Libre comme l'air j'étais désormais, Plus de gros balourd derrière moi à me latter le dos ou me cogner la gueule avec ces poings imbibés d'alcool.
Survivre... Je me débrouillais pas trop mal en fin de compte, à fouiller dans les poubelles, faire la pauvre fille qui a reçu tous les malheurs du monde, quémandant quelques piécettes pour m'acheter du pain et quelques clopes. Il m'arrivait même de faire quelques passes, mais pour se coltiner la plupart du temps des vieux pervers aux goûts douteux, cela avait fini par me lasser.
Oui, ma vie n'était pas si mal, simple comme bonjour : manger, dormir, quemander, manger, dormir... avec option promenades et un soupçon de sexe brut. Je m'y étais fait, j'étais même passé maître dans l'art du camouflage et de la dissimulation pour passer entre les mailles du filet des poulets en uniforme. Ils méritent bien leurs surnoms, ceux-là, à foncer tête baissée dans un piège ou une fausse piste. Quelle bande de crétins! Comme si ça courait les rues, des filles d'à peine 16 ans sans-abri...
Un soir, je décidais de faire un passe, j'avais besoin de pognon pour remplir mon ventre. Et puis un peu d'exercice n'allait pas me faire de mal. Un homme se présentait devant moi, ma foi assez beau gosse, la trentaine bien conservée, vêtu assez chiquement... Très intéressant tout cela, et avec mon faux air de jeune majeure angélique et ma tenue aguichante, ils tombaient comme des mouches, ces bestiaux. Après un petit moment de plaisir brutal et charnel, j'encaissais le flouze - un bon petit pourboire en prime - et allais partir, laissant le viril client dans la chambre d'hôtel quand je sentis une lame sous ma gorge et un bras qui retenait tout mon corps. Cet enfoiré m'empêchait de me casser!
Allons allons, tu ne vas pas partir comme ça, murmura l'homme. On était si bien ensemble, tu m'as bien fait tripper avec ton beau petit cul. Alors tu vas être gentille avec tonton et rester ici graaatuitement, et toute la nuit...
Il commençait à me lêcher la joue d'une façon on ne peut plus perverse et mesquine, le couteau toujours menaçant sous ma gorge. En plus il avait mauvaise haleine, heureusement pour moi que je n'embrassais jamais.Je voulais partir, j'avais eu mon quota, j'avais bien pris mon pied comme d'habitude, mais non! Monsieur voulait encore de moi et mon "beau petit cul".
Bon, t'es bien gentil, mon coco, mais tu vas m'enlever ton cure-dent de ma gorge parce que sinon je vais te le faire bouffer!
J'étais bien remontée, et s'il ne me lâchais pas tout de suite, ca allait chauffer.
Oooooh mais c'est que la coquine veut faire la dure! Tu vas voir ce que tu vas prendre, sale garce!
Il me projeta violemment contre le mur, la tête la première, et une belle gifle me fit tomber à la renverse. S'il savait ce que j'en pensais de sa méthode de brute épaisse! Vraiment, pourquoi fallait-il toujours que les mecs se servent de leurs mains pour discuter? Pathétique! Je me relevai lentement, le sourire mauvais, fixant ce débile droit dans les yeux.
Pauvre tache! C'est tout ce que tu sais faire? Déjà qu'au lit t'es plus que limite...
Je laissais volontairement ma phrase en suspens, ce qui m'a valu une violente droite bien sentie dans la mâchoire. J'étais de nouveau par terre, légèrement sonnée par le choc, mes oreilles bourdonnaient. Mais toujours ce rictus quasi démoniaque aux lèvres. Toujours ce regard hautain et provocateur.
Tu vas voir espèce de s...
Il n'eut pas fini sa phrase qu'il se tordit de douleur, un cri de surprise aux lèvres, lâchant sa lame pour se prendre les parties. Je lui avais fichu un coup de pied bien placé, bien calculé. C'était jouissif de le voir se rouler par terre en pleurnichant et hurlant de douleur. Je profitai de ce moment pour ramasser le couteau. Des visions apparurent à l'instant dans mon crâne assombri par les coups...
et je voyais ce gros sac à vin qui me faisait office de "père" lever la main sur moi,
et je voyais ce porc se servir de ma tête comme d'un punching ball,
et je le voyais nageant dans dons propre sang, un couteau de cuisine planté dans la tête.
Et je voyais cette même image à ce moment-là... sauf que ce n'était pas mon père...
Je venais de plonger le couteau jusqu'à la garde à travers la gorge du pervers, ce même air figé de stupeur avant la mort.
Encore une fois, aucun remords.
Mieux encore, de la satisfaction.
Pire encore, du plaisir... de la facilité, de la pleinitude.
Je fouillai ses affaires : un joli pactole qu'il trimballait sur lui, bonne pioche! Et je sentais bien que cette sensation d'excitation après un meurtre allait me coller à même la peau, que j'allais de moins en moins m'en passer.
Oui, pourquoi pas...
Comme un chasseur traquant sa proie bien juteuse avant de le tuer...
Ma vie allait suivre un chemin...
Un chemin jonché de cadavre...
Un chemin sombre...
Chapitre III : Voie dangereuse...
Tout du parfait petit caïd ce gars-là. Cheveux gominé, gueule de pseudo-dur à cuire, genre "me cherche pas où je t'éclate la tête!", costard cravate du plus pur style sérieux et bien sapé, on ne pouvait pas le louper! Je m'en réjouissais à l'avance. Ce genre de mec, je leur cracherais bien au visage tellement ils me donnent la nausée. Branleurs qui se la pètent et qui vous regardent comme si vous étiez de la vermine de bas-fond, à rouler des mécaniques ou à chercher la merde, voilà bien des proies de choix.
Pourquoi? Car la plupart du temps ils étaient bien friqués, et en plus de cela ils étaient faciles à séduire et à manipuler. Et je sentais bien que ce pauvre minable était de ceux-là, mon instinct ne me faisait pas défaut de ce côté-là.
Alors que la chasse commence... Je le file sans un bruit, dans l'ombre de la nuit noire, avec agilité et vigilance. Il ne me remarque même pas, quel niais! Parfait, profitons-en! Il discute avec deux autres gars, apparemment de bonnes connaissances. Une langue que je n'arrivais pas à déchiffrer, de l'italien peut-être. Hum... intéressant, ne pas le tuer tout de suite, j'adore ces bestiaux, de bons coups au lit en général. Ouais, ne pas le tuer... s'amuser, oui, prendre son pied, cela faisait un petit moment que je n'en avais pas pris avec un rital. Allez fais-toi plaisir ma grande, tu en meurs d'envie...
Je m'engageai dans la ruelle où ils étaient présents en train de papoter dans leur langue ridicule, avec des gestes amples et inutiles. Démarche féline et sûre, histoire d'aguicher tout ce beau monde. Mais pas question d'orgie, je le voulais LUI et personne d'autres. Je m'approchai d'eux, salut poli, sourire d'apparat, clin d'oeil racoleur au minus et le tour est joué, il allait me suivre où je le voulais, laissant en plan ses potes. Il était fichu, je l'avais pris dans ma toile et j'allais le manger tout cru.
Huuum il n'y a rien à dire, les ritals assurent! C'était bon, j'en voulais encore, mais je n'étais pas vraiment là pour ça à la base. Un bonus, rien de plus. A mon tour maintenant...
Un petit massage, chéri? Je suis experte en la matière...
Ben tiens, pourquoi refuser un sublime massage, hein? Surtout de la part d'une belle créature... Les hommes, tous les mêmes, si naïfs...
Les mains commençaient à faire leur oeuvre :
Les épaules, doucement, caresses et frottements légers et suaves...
Le dos, tapotement des doigts, travail de la peau...
Le manche du couteau dissimulé sous les draps, découpage propre et net de la carotide et on finit la séance par l'empalement de la nuque avec la lame, jusqu'à la garde.
Le sang giclait, inondait le lit, les couvertures étaient désormais rouge vif. Et je riais, j'étais en extase, baignant nue dans ce liquide visqueux. Mieux que le sexe, j'adore, c'est jouissif! Je répandais ce sang sur mon corps, douce folie, ivresse de la tuerie, bonheuuuuur suprême, je caressais une dernière fois ce corps flasque, tapotais ses belles petites fesses fermes.
En douceur, il n'avait pas fait un bruit en crevant, brave petit gars! Une bonne douche et me voilà propre comme un sou neuf!
Cela faisait maintenant bien six mois que ma vie était réglée comme du papier à musique : le mâtin, repérage du gibier, puis estimation de leurs effets; le midi, petit casse-croûte avec le pactole engrangé de mes précédents raids; l'après-midi, préparation du piège, en n'oubliant pas les petits détails comme les rondes de police, les coins sombres, les motels miteux et les habitudes de la future victime. Et la nuit, en avant la musique!
Revenons-en au pauvre petit rital devenu une vraie fontaine pissant le sang. Hum beau petit cul, j'en reviendrais presque à le regretter. Bref, voyons voir le pactole amassé... pas mal, une bonne liasse de billets! Mais c'est que c'est un bon bougre finalement! Merci mon chou! Carte d'identité par simple curiosité... un rital pur et dur, je m'en doutais. Passons à la veste maintenant. Quelque chose de lourd, dur, probablement métallique...
Une arme à feu, avec silencieux... Merde! Il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre et résoudre la simple équation qui était posée dans mon esprit : rital + pistolet + silencieux + billets = mafieux. Et pour couronner le tout, voila ses potes qui rappliquaient! Holy shit! Vite mes fringues, mon couteau, les billets, le pistolet, on ne sait jamais. Vite, la fenêtre, pas le temps, ils étaient à la porte, ils frappaient à la porte, vite vite, pas le temps de l'ouvrir, je prends de l'élan et je passe à travers la vitre de la fenêtre pour me retrouver dehors dans la rue, les bras en sang, le visage légèrement entaillé par une coupure. Je courai, vite vite, les autres étaient derrière à bonne distance mais me tiraient dessus. Heureusement pour moi ils visaient m... Merde!
Une balle atteignit mon bras gauche, je poussai un cri de douleur, mais ne m'arrêtai pas, ils me suivaient toujours, ils allaient me rattraper, ils allaient me tuer. Vite réfléchis ma grande, réfléchis! Je tourne à gauche et m'engage dans une ruelle sombre. Je me cache, tapie dans l'ombre, me calme, jusqu'à respirer à peine. Ne pas penser à la douleur, ne pas penser, à rien... Ils me cherchent, ils fouillent, tirent une fois dans les détritus, la balle ayant failli m'exploser la jambe, mais je ne disais rien, pas un mot...
Ils fouillaient... cherchaient... juraient... et s'en allaient...
J'attendis un moment, pour être sure de leur absence, puis poussai un soupir de soulagement. Ce n'était vraiment pas passé loin... mais je me retrouvais non seulement avec les flics aux fesses, mais en plus avec la mafia sur le dos, cela devenait bien lourd pour une si jeune fille au passé déjà bien chargé.
Chasseuse, fugitive et proie...
Le chemin sombre est sinueux et mal entretenu...
Une voie bien dangereuse j'empruntais, et elle était désormais à sens unique...
Chapitre IV : Une main tendue
Ah merde quelle poisse! Ces enfoirés de mafieux avaient bien amoché mon bras, ça faisait mal! Ca brûlait, il fallait vite que je trouve quelque chose pour le soigner, n'importe quoi. Je déchirai le bas de mon T-Shirt afin de m'en servir comme bandage de fortune, mais ça pissait le sang, et la balle était restée à l'intérieur de mon bras. Je ne criais pas, pour ne pas me faire repérer, mais je souffrais horriblement, le sang se mit à couler le long de mon bras devenu pratiquement inutilisable, il se répand à mesure que je courais. Je me cachai pour éviter de me faire repérer, les larmes me montaient aux yeux, je souffrai, j'avais mal...
Où aller? Pas à l'hosto en tout cas, je n'avais rien, pas de papiers, pas d'assurances, et ma tête était mise à prix, je ne pouvait donc décemment pas prendre le moindre risque. Mais si je ne faisais rien pour mon bras, les choses allaient se compliquer, genre infection, anémie et tout le bazar lié aux blessures non soignées à temps. Un docteur? Une perte de temps, déjà pour chercher dans un annuaire ou fouiller les rues à la recherche d'une insigne. Je saignais, trop, je commençais à faiblir, mon souffle se faisait plus saccadé, haletant, mes yeux se voilaient. Trouver... quelqu'un... je me sentais... faible.
Trop mal... je m'évanouis... voile noir...
Un picotement au bras, une entrave à cet endroit, comme un tissu enroulant le bras. Mes paupières étaient encore lourdes, j'étais encore trop faible pour bouger, mais je ne ressentais que peu de douleur au niveau de ma blessure. Je sentais un drap recouvrant mon corps, une couverture par-dessus me réchauffait. Que m'était-il arrivé? Je n'en savais rien, je ne me souvenais de rien, juste d'être tombé dans les pommes, puis le trou noir. J'ouvris doucement les yeux, la lumière m'agressa et m'aveugla, trop éblouissante. Il me fallait un long temps d'adaptation pour enfin découvrir ou j'étais, dans une petite chambre ma foi assez bien entretenue, classique en fait. Mais personne aux alentours, j'étais toute seule dans ce lit confortable. Je profitai de cet instant pour redécouvrir le repos dans un véritable lit, autre chose que ces vieux cartons et ces couvertures pourries et miteuses que l'on se procurait dans les poubelles nauséabondes de la rue. Une autre petite douleur au bras me ramena à la réalité. J'étais blessé par balle, je m'en rappelai. Tout ce qu'il reste désormais, c'est un bandage appliqué avec soin, et l'étirement que je ressentais au niveau de la plaie signifiait que la blessure avait été recousue. Par qui? Qui avait pris soin d'elle sans la connaître, ou même la reconnaître? Je tentai de me lever, mais trop faible que j'étais, j'eus soudain un tournis et m'affalai de nouveau sur le lit, incapable de bouger sans subir une nouvelle migraine.
Des pas, une porte qui s'ouvrait, quelqu'un s'approchait de la chambre, ouvrit la porte de la pièce.
- Oh, réveillée, miss. Bien, bien... vous devez maintenant reprendre des forces.
Un homme d'âge mûr se tenait devant le lit, deux sac de plastique plein de nourriture à la main. Il devait avoir au moins la quarantaire bien conservée, pas mal pour son âge, l'aspect du genre grand sec, dont les petites rides aux coin des yeux faisaient ressortir la couleur bleu clair de ceux-ci, lui donnant un air sérieux et posé avec ses cheveux poivre et sel coupés courts. Sa voix correspondait bien au personnage que je me faisais, un brin protecteur, que le poids des années avait marqué. Mine de rien, sa présence m'impressionnait, moi qui d'habitude faisait fi des hommes, préférant les voir morts baignant dans leur sang et autre liquide charnel. On sentait à travers cet homme une certaine humilité, une vie simple et altruiste, qui ne se prend pas la tête avec tous ces problèmes qui pouvaient bien l'entourer. Il semblait vivre sa vie simplement.
Une odeur de bonne cuisine se faufilait dans mes narines, j'en avais l'eau à la bouche, cela sentait si bon... de la viande... oui du boeuf, je crois, je ne me rappelais plus de l'odeur, et encore moins du goût. Il amène un plateau fumant, je me mets tout doucement en position assise, tant bien que mal. Et je me foutais royalement de tout ce qui aurait pu m'arriver, car j'allais grandement déguster un bon plat chaud préparé avec soin, accompagné d'un pain et d'un verre de jus d'oranges pressées. Je me sentais revivre à vue d'oeil, succulent plat fondant dans ma bouche... et soudain je revenais à la réalité, une idée traversait mon esprit : j'étais en culotte et T-Shirt, dans un lit, un homme que je ne connaissais pas devant moi. Un frisson me parcourut alors, je cherchais de quoi me défendre, je pris le couteau sur le plateau et le brandissais devant moi, vers cet homme.
- Si j'avais vraiment voulu vous faire du mal, croyez-vous que je m'embêterais à vous soigner et vous donner à manger, au lieu de tout bonnement vous laisser mijoter dans vos problèmes?
Quel débile je faisais, il aurait eu tout le temps de me faire souffrir s'il le voulais, je n'étais pas en état de me débattre. Non, au lieu de ça, il m'avait aidé... comme un père.
- ... désolé
Pour toute réponse, il afficha un petit sourire, sincère, suffisant pour définitivement me calmer et m'ôter de tous mes doutes. Je continue de manger, boire, reprendre des forces. C'était bon, c'était agréable, je redécouvrais les plaisir d'une vie simple et normale pendant quelques minutes, un repas normal et sain. L'homme s'approcha doucement de moi, et sortit un rouleau de tissu blanc, des bandages.
- Je vais vous changer votre compresse. Faîtes moi confiance...
J'esquissai un sourire, presque franc, celle d'une timide adolescente de seize ans, j'avais oublié dans quelle merde j'étais, je profite du moment qui me présentait, j'étais bien, pour une fois. Et me laissai faire. Je ne disais rien, mais constatais le travail de couture sur ma plaie, vraiment du travail propre, chirurgical, net et précis. Pendant qu'il effectuait son petit travail, il me parlait d'une voix calme au timbre posé :
- Il vous faut vous reposer encore quelques temps, le temps que votre blessure cicatrice normalement. Ils ne vous chercheront pas ici...
Il débarassa mon plateau terminé, et je me lovais sous cette couverture qui me tenait chaude, les bras autour de l'oreiller. Il s'apprêtait à partir quand je l'interpelai. Je voulais savoir, ne pas rester dans l'inconnu...
- Comment vous vous appelez?
Il tourna la tête vers moi, toujours ce petit sourire apaisant et ce regard tendre.
- On me surnomme Carnby, allez donc savoir pourquoi...
- Enchantée...
Carnby... Drôle de surnom en effet, mais je m'en contentais, au moins j'avais un nom sur ce visage. Sur ce regard. Sur ce sourire.
- ... moi c'est Sarah... Bonne nuit.
- Bonne nuit, Sarah, reposez-vous bien.
Il partit, me laissant seule sur ce lit douillet, cette couverture chaude, ces draps propres et agréables au toucher. Un dernier sourire et mes yeux se fermèrent, sombrant dans un profond sommeil. |
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